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Cas pratique : construire une double page photo sur Fès

Publié le 18 juin 2026 Lecture : 7 minutes Par Sophie & Marc
Double page de carnet de voyage consacrée à Fès, entre photographie et croquis
À Fès, une page ne raconte jamais une seule image : elle assemble une lumière, une matière et un souvenir.

Construire une double page photo après une journée dans la médina de Fès, ce n’est pas simplement choisir deux belles images. Il faut faire dialoguer les formes, les couleurs et les silences du voyage pour retrouver, sur le papier, la sensation d’un lieu traversé lentement.

Nous avons travaillé cette page comme une petite scène. À gauche, une photographie principale devait donner l’espace et l’atmosphère. À droite, des détails plus intimes viendraient resserrer le regard : une porte bleue écaillée, un tapis suspendu dans une ruelle, la main d’un artisan posée sur le bois. Entre les deux, le croquis de Sophie servirait de fil discret.

1. Commencer par regarder avant de photographier

Dans la médina, tout invite à déclencher : les passages voûtés, les mosaïques, les ombres très nettes et les étals débordant de pigments. Pourtant, nous avons attendu. Pendant près d’une heure, nous avons marché sans appareil levé, en notant mentalement les changements de lumière et les endroits où les lignes se répondaient.

Cette pause a permis de distinguer ce qui relevait de la carte postale de ce qui nous appartenait vraiment. Fès n’était pas seulement une succession de façades colorées. C’était aussi un rythme : le passage d’une ruelle claire à une cour sombre, le bruit d’un marteau, puis une conversation étouffée derrière une porte.

Notre règle sur place : ne pas chercher immédiatement l’image finale. Nous faisons d’abord une photographie de repérage, puis nous revenons lorsque la lumière et notre regard ont trouvé leur place.

2. Choisir une image d’ancrage

La photographie principale est née dans une rue étroite proche des souks. Un rayon de soleil découpait le mur ocre tandis qu’un pan de tissu bleu apparaissait au fond du cadre. Marc a choisi une focale fixe et une composition presque verticale, afin de conserver la sensation d’étroitesse du passage.

L’image fonctionne parce qu’elle contient une tension simple : la chaleur de la pierre contre la fraîcheur du bleu, la géométrie du mur face au mouvement du tissu. Pour préparer la double page, nous avons écarté les clichés plus spectaculaires mais moins précis. Une image forte n’a pas besoin de tout montrer ; elle doit laisser une place au souvenir.

Les critères de sélection

3. Faire entrer le dessin dans la photographie

Sophie a commencé par un croquis très rapide des ferronneries observées dans une porte. Le dessin n’était pas destiné à reproduire fidèlement le motif. Il devait plutôt prolonger les lignes de la photographie, comme une annotation laissée dans la marge d’un carnet.

Nous avons utilisé un feutre noir fin et une touche d’aquarelle terre cuite. La couleur reste volontairement incomplète : elle s’arrête avant les contours, laissant apparaître le grain du papier. Cette retenue évite que l’illustration concurrence la photographie. Elle agit comme une respiration entre deux souvenirs visuels.

Pour garder une cohérence, nous avons limité la palette à trois tons : bleu profond, ocre et vert grisé. Ces couleurs reviennent dans les images, dans le croquis et dans le petit morceau de papier kraft collé au bord de la page. Ce sont des liens modestes, mais ils donnent à l’ensemble une unité immédiate.

Cette attention à la structure rappelle aussi qu’un projet créatif gagne à être découpé en étapes : intention, choix, réalisation puis relecture. Pour celles et ceux qui aiment organiser leurs idées ou développer un projet professionnel, Cap Croissance propose justement des ressources autour de la stratégie, des finances et de la progression par objectifs.

4. Donner un rythme à la double page

La première maquette était trop régulière. Deux photographies de même format se faisaient face, séparées par le croquis. Tout était propre, mais rien ne respirait. Nous avons donc réduit l’image secondaire et déplacé la photographie principale vers le bord extérieur, comme si elle débordait légèrement de la page.

La lecture commence désormais par le grand mur lumineux, glisse vers le tissu bleu, puis revient au dessin de la porte. En bas, une phrase manuscrite accompagne le regard : « La ville se révèle dans ses passages ». Elle ne décrit pas la scène ; elle conserve l’impression ressentie au moment de la prise de vue.

Quelques imperfections ont été conservées : une bande de papier légèrement de travers, une trace d’aquarelle et un bord de photo irrégulier. Dans un carnet de voyage, la précision ne signifie pas la rigidité. Ces petits écarts rappellent que la page a été fabriquée à la main, après une marche, avec la poussière du chemin encore présente dans la mémoire.

5. Photographier la page sans la trahir

Une fois la composition terminée, nous avons attendu le matin pour la photographier. La lumière directe écrasait les textures et rendait le papier trop jaune. Nous avons préféré une lumière latérale douce, près d’une fenêtre, avec un tissu blanc pour diffuser les ombres.

L’appareil était placé parallèlement au carnet, sur un support stable. Nous avons pris plusieurs vues : une image d’ensemble pour raconter la double page, puis des plans rapprochés sur le croquis et les traces de matière. Ces détails sont essentiels pour un article consacré à la fabrication, car ils montrent ce que l’œil ne perçoit pas toujours dans une photographie proprement recadrée.

Le résultat n’est pas un résumé exhaustif de Fès. C’est une porte d’entrée vers un moment précis, celui où la médina est passée du spectacle au souvenir personnel. En associant photo, dessin et texte court, la page permet de ralentir le regard et de retrouver la ville par fragments.

Pour découvrir d’autres récits mêlant images, croquis et impressions de terrain, retrouvez notre sélection sur la page d’accueil de Photographie Monde.

Ce que cette page nous a appris

La principale leçon est peut-être la plus simple : une double page réussie ne dépend pas du nombre d’images, mais de la relation qu’elles entretiennent. À Fès, une seule photographie aurait montré un mur. Le dessin, la note manuscrite et les détails de texture lui ont donné une durée.

Nous repartons aussi avec une méthode que nous réutiliserons ailleurs, en Patagonie comme dans les villes marocaines : prendre le temps de s’imprégner, choisir une image qui porte l’émotion, puis construire autour d’elle un langage visuel cohérent. Le carnet devient alors plus qu’un album. Il devient la trace sensible d’un voyage vécu à deux.

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